Le document suivant a été publié en 2014. Depuis, de nouvelles données rendent possible une réflexion plus fine. Mais l'essentiel demeure valide.
Il ne faut pas chercher midi à quatorze heures. En matière de décenttalisation, la constitution de 1987 est plus solide que toutes les propositions d'amendements que j'ai pu consulter. Ce qu'il faut, c'est la préciser et la renforcer avec des lois d'application.
Le Plan Stratégique de Développement d'Haïti (PSDH) opte pour
un développement territorial polarisé. Le concept de pôle de
développement est malheureusement mal compris par les auteurs du
document. Cela conduit, comme pour la localisation industrielle à
des propositions concrètes très loin de l'optimum économique.
Visionnez la présentation suivante qui essaie de faire succinctement le
point sur la question.
Allez aussi consulter le document suivant de Patrice Collignon qui
concerne les pôles ruraux.
Voici le corrigé de l'exercice d'application de la loi rang-taille aux villes haïtiennes.
Graphique des villes selon leur rang
Après avoir classé les villes selon leur population, le graphique suivant permet de mettre en évidence la relation entre le rang et la population des villes. À vue d'œil, on observe un alignement qui suit plus ou moins une pente régulière avec de temps à autre un saut vers le bas. Chacune des "marches" semble indiquer un niveau de centralité.
Il y a Port-au-Prince, nettement à part. C'est une ville de niveau 1; la seule.
Le Cap-Haïtien et Gonaïves se retrouvent sur la 2ème "marche". Ce sont des villes de 2ème niveau.
Une rupture fait ressortir St-Marc, nettement moins populeuse que Gonaïves; à partir de là, une pente douce regroupe 6 villes de même importance. C'est le 3ème niveau.
Une autre rupture permet d'identifier un 4ème niveau de villes. Elles sont au nombre de 13.
La "marche" suivante semble toute petite (4 petites villes). Elle semble plus représenter une sorte d'anomalie dans la régularité des ruptures (ou alors représenter une situation intermédiaire entre le 4ème et un 5ème niveau consistants).
Enfin, toutes les autres plus petites villes peuvent faire l'objet d'un seul grand regroupement; c'est le 5ème niveau.
Calcul des seuils de rupture
Complétons le tableau avec:
Dans la colonne F, le calcul de la population théorique de chaque ville à partir de la ville qui la précède dans le classement (Pr théorique = P(r-1)observée * (r - 1) / r).
Dans la colonne G, le déficit de la population observée par rapport à la population théorique en % de la population observée:
Dans la colonne H, le niveau de ville qui change quand le déficit mentionné dépasse 15%.
Le calcul des déficits confirme le visuel du graphique.
La population du Cap est trois fois moindre que la valeur théorique calculée à partir de Port-au-Prince. Donc, on passe au niveau 2 qui comprend aussi Gonaïves.
St-Marc a un déficit de 40% en se basant sur Gonaïves qui la précède dans la hiérarchie. St-Marc initie donc le niveau 3. Au total 6 villes sont à ce niveau.
Le déficit de Limbé est de 23%; on passe au 4ème niveau qui regroupe 13 villes.
Enfin, Trou-du-Nord a un déficit de 15%, ce qui la porte au 5ème niveau avec toutes les autres petites villes (57).
Très proche de Trou-du-Nord, on observe une rupture notable entre Fort-Liberté et Mirebalais dont le déficit est de 14%. Il s'agit d'une situation particulière qui a probablement à voir avec le statut de Fort-Liberté comme Chef-Lieu du département du Nord-Est. Ce statut permet à Fort-Liberté de se détacher un peu de la courbe.
L'examen de la distribution permet de remplir le tableau suivant:
Niveau
Nombre de villes d'après la colonne H
Nombre de villes selon de principe de marché de Christaller
Nombre de villes selon le principe de transport de Christaller
Nombre de villes selon le principe administratif de Christaller
1
1
1
1
1
2
2
2
3
6
3
6
6
12
42
4
13
18
48
294
5
57
54
192
2058
Les données semblent donc indiquer que la structure urbaine haïtienne obéit au principe de marché de Christaller.
J'attire à mon tour l'attention sur
une dérive dans laquelle persiste le Comité Interministériel
d'Aménagement du Territoire (CIAT). Le CIAT entraîne dans cette
dérive la Chambre de commerce et d'industrie d’Haïti (CCIH), la
Banque centrale (BRH), la Banque inter-américaine de développement
(BID), les pouvoirs locaux des collectivités territoriales. Il
entraîne aussi –plus important peut-être– le Centre de
facilitation des investissements (CFI) qui a la lourde responsabilité
non seulement de faciliter les investissements mais de les guider.
Un développement équilibré,
équitable et durable ne peut faire l'économie d'une vision
territoriale claire qui tienne compte de la réalité dans toute sa
complexité. Malheureusement, le CIAT part d'une perspective
imaginaire de l'existant pour présenter une vision tout à fait
chimérique de l'aménagement du territoire. Le CIAT fourvoie dans
son errance les institutions du secteur privé. C'est une énorme
responsabilité pour une institution étatique de mal diriger des
investisseurs dans un pays « ready for
business ». Je réfère le lecteur à mon article publié
dans l'Atlas Caraïbe: « La boucle "Centre-Artibonite".Un milliard de dollars pour tuer une région ».
Le CIAT est-il un gouvernement à lui
seul ? Il devrait être un chef d'orchestre qui s'assure d'une
harmonie de toutes les instances de l'État en matière d'aménagement
du territoire. Comment se fait-il alors que les réflexions de ce
comité et celles du Ministère de la Planification soient
développées de façon tout à fait autonomiques ?
Le MPCE a en effet mis en débat public
son Plan Stratégique pour le Développement d'Haïti (PSDH),
document dont la facture révèle un certain professionnalisme.
Pendant ce temps, le CIAT fait la promotion d'un plan qui n'a rien à
voir avec le PSDH et qui n'est sérieux que par les conséquences
néfastes qui risquent d'en découler. Tout se passe comme si l'Unité
d'Aménagement du Territoire du MPCE et le CIAT recevaient leurs
fonds de sources différentes et devaient par conséquent satisfaire
la fantaisie de bailleurs distincts !
On ne peut continuer à admettre que
les fonds destinés au progrès d'Haïti continuent à être non
seulement gaspillés mais en plus à servir contre Haïti et ceux qui
veulent se risquer à y investir.
De l'époque coloniale au XXIe siècle, l'espace économique haïtien a subi trois mutations. Quatre stades donc dans son évolution. Cette évolution a entraîné des changements dans le fonctionnement dualiste de la société :
Les places à vivre et les marchés de nègres sont une réponse à la plantation coloniale et au morcellement.
Les lakous du XIXe siècle sont une réponse aux oligarchies régionales.
Les "bourg-jardins"sont une réponse à la centralisation.
Les "Nouvelles Provinces" appuyés par la diaspora sont une réponse à la métropolisation.
Classez les villes de la plus grande à la plus petite.
Organisez le tableur avec :
Dans la colonne A, le nom de la ville
Dans la colonne B, son rang (écrivez le rang pour chaque ville)
Dans la colonne C, sa population
Dans la colonne D, inscrivez le logarithme du rang
Dans la colonne E, le logarithme de la population
Faites tracer un diagramme en XY (dispersion) avec log(rang) et log(population)
Observez à l’œil sur le diagramme les irrégularités dans la distribution et essayez de regrouper les villes haïtiennes par niveau.
Ensuite, vous allez faire l'exercice de regrouper ces villes par niveaux à partir d'un seuil de rupture. Pour vous aider, vous vous basez sur la loi rang-taille avec b=1.
Soit Pr la population de la ville de rang r. Si la loi rang-taille était parfaitement respectée, on aurait :
donc,
et
Dans la colonne F, calculez le Pr théorique à partir de la formule précédente (la population théorique de Port-au-Prince est la même que la population observée). Pour les autres villes, par exemple, pour Gonaïves (rang 3), la population théorique est la population du Cap-Haïtien (rang 2) multipliée par 2 et divisée par 3.
Pour déterminer les points de rupture, comparez Pr observé (colonne C) et Pr théorique calculé à partir de Pr-1 (colonne F).
La différence entre ces 2 valeurs rapportée à la population observée, Pr, permet de déterminer des seuils de rupture dans la distribution des villes.
Dans la colonne G, calculez:
Formatez la colonne G en %.
Dans la colonne H, vous allez mettre le niveau des villes (mettez 1 pour Port-au-Prince).
Si la population théorique d'une ville dépasse d'au mois 15% la population observée, classez cette ville à un niveau inférieur.
A quel rang classez-vous le Cap-Haïtien, Gonaïves, Saint-Marc?
Combien de niveaux avez-vous déterminé?
Remplissez ce tableau :
Niveau
Nombre de villes d'après la colonne H
Nombre de villes selon de principe de marché de Christaller
Nombre de villes selon le principe de transport de Christaller
Nombre de villes selon le principe administratif de Christaller
1
Comparez les résultats du nombre de villes par niveau observé aux nombres de villes par niveau selon les 3 principes de Christaller.
August Lösch a apporté un nouvel éclairage à la théorie des places centrales. Il a en plus abordé la problématique de la localisation des activités économiques en général. Y compris les questions de l'identité nationale et de l'impact du progrès technologique sur le raccourcissement des distances économiques.
Dans une œuvre originale, Lösch s’est donc penché sur l’ensemble de la problématique de localisation des activités économique. Les réflexions sur les réseaux urbains (places centrales) ne sont donc qu’une partie de sa réflexion.
Les régions économiques font suite au traitements des problèmes de localisation industrielle et agricole. Ces problèmes de localisation, Lösch les traite en tenant compte des acquis de Weber et de Thünen, chacun en ce qui le concerne.
Sa critique de Weber concerne, entre autres, la question de l’équilibre général alors que Weber traite le problème en termes d’équilibre partiel. Lösch va donc plus loin en tenant compte par exemple de la dynamique entre les variations de prix et de demande, et les choix de localisation industrielle. Il prend également en compte la compétition entre entreprises avec, en considérant de façon critique la solution de Hotelling.
De la même manière, les anneaux de Thünen sont reconsidérés pour prendre en compte les différents facteurs tels les variations de l’offre et de la demande.
Dans les deux cas, Lösh aboutit à la conclusion que la solution géométrique est trop simpliste pour répondre à la complexité de l’équation.
Lösch traite également des choix de localisation des consommateurs.
C’est après avoir considéré la logique de localisation des agents économiques, et sur cette base que Lösch se lance dans l’étude de la localisation des agglomérations urbaines, des réseaux de places centrales et des régions économiques.
Il considère et critique l’approche de Christaller pour développer sa propre vision.
Est une illustration de l'utilisation du concept d'attraction urbaine. Ce concept a été l'un des éléments clés pour démontrer l'absurdité du projet de "Boucle".
Vous pourrez relire ce texte
- après l'étude de la théorie des places centrales de Christaller et Lösch,
- encore après avoir vu l'évolution de l'espace haïtien d'après Georges Anglade
- et encore après avoir étudié le réseau urbain versus le réseau des marchés publics haïtiens.
Tous ces outils théoriques ont été mis à profit ainsi que (accessoirement il est vrai) la loi rang-taille.
Voyez donc comment on peut associer, articuler tous ces outils pour produire une analyse sérieuse d'un problème géographique.