vendredi 29 mars 2019


Je reproduis ici cet article publié en 2011 sur mon blog "L'espace haïtien". Toujours d'actualité!
 
Ce document est le résultat d'une numérisation de : « La chance qui passe ». Le texte n'est pas signé mais il est de notoriété qu'il a été produit par Georges Anglade pour l'« Opération Lavalas » à la veille des élections générales haïtiennes de décembre 1990.

Après cinq ans d'une transition difficile depuis la chute de la dictature duvaliériste, le peuple haïtien se préparait à se rendre aux urnes. Des groupes politiques inscrits pour participer aux élections, le Front National pour le Changement et la Démocratie (FNCD) avait la faveur de la majorité. Il était appuyé par un mouvement qui se développait dès 1986 sous la dénomination LAVALAS. Jean Dominique eut plus tard à qualifier ce mouvement de « nébuleuse », tant il n'avait pas de direction. Le FNCD tout comme LAVALAS avaient en mémoire le massacre perpétré par des paramilitaires néo-duvaliéristes lors des élections ratées du 29 novembre 1987, ils faisaient face aussi à une opposition violente de l'extrême droite et des duvaliéristes. Le mouvement adopta une stratégie pour d'un côté s'attirer la faveur des masses et de l'autre celle de l'intelligentsia.
Pour s'attirer la faveur populaire, le FNCD éjecta Victor Benoit comme candidat à la présidence en le remplaçant par le prêtre Jean-Bertrand Aristide.
Pour l'intelligentsia, le mouvement réputé sans programme fit appel à George Anglade pour lui doter d'un manifeste. Ce fut fait avec brio. Il ne s'agit pas d'un texte accessible au grand public mais tel n'était pas le but. « La chance qui passe », manifeste politique, devait être la fondation d'un programme politique opérationnel détaillé ayant pour titre « La chance à prendre ».
La sortie du texte, lors d'une conférence de presse en novembre 1990 à l'hôtel Montana eut un impact considérable. Aucune autre formation politique ne pouvait présenter une vision de la société aussi bien campée, aussi pointue théoriquement et, à la fois, aussi proche des revendications populaires : La jonction du politique et du scientifique. Une grande partie des élites intellectuelles et de la classe moyenne s'identifièrent au mouvement, le manifeste y a été pour quelque chose : c'était le signal que la matière grise était la bienvenue puisqu'il n'y a rien de plus pratique qu'une bonne théorie !
Malheureusement, « La chance qui passe », dans son contenu, a été vite mis de côté par la faction populiste du mouvement. Même « La chance à prendre » (d'ailleurs jamais présentée comme telle) n'a été qu'un amalgame incohérent de programmes sectoriels sans direction politique.
Malheureusement aussi, « La chance qui passe », est, à peu de choses près, d'une étonnante actualité. Par exemple, combien de nos planificateurs et de nos spécialistes de l'espace géographique ont pris en compte dans leurs travaux le concept de bourgs-jardins ?

mercredi 31 octobre 2018

Redécouper le territoite.

Le document suivant a été publié en 2014. Depuis, de nouvelles données rendent possible une réflexion plus fine. Mais l'essentiel demeure valide.

Il ne faut pas chercher midi à quatorze heures. En matière de décenttalisation, la constitution de 1987 est plus solide que toutes les propositions d'amendements que j'ai pu consulter. Ce qu'il faut, c'est la préciser et la renforcer avec des lois d'application.

Redécouper le territoire

samedi 24 mars 2018

Classer les villes selon leur population à l'aide de la distribution rang-taille



Dans un précédent message, les agglomérations urbaines haïtiennes ont été classées en 5 niveaux selon les données du recensement de 2003 effectuée par l'Institut Haïtien de Statistique et d'Informatique (IHSI).

Ici, une méthodologie plus rigoureuse, en trois étapes est établie pour déterminer les seuils et les classes (niveaux) de villes. Les calculs sont effectués à partir du document: «Population totale, population de 18 ans et plus, ménages et densités estimés en 2015» de l'IHSI.


Étape 1 : Calcul des déficits de population d’une agglomération en fonction de celle qui la précède

Soit Pr la population de la ville de rang r. Si la loi rang-taille était parfaitement respectée, on aurait :
D’où :


L’équation de la régression sur la courbe rang-taille indique une valeur de b :
b = 1.16

Il est alors possible d’établir une population théorique pour chaque ville en fonction de celle qui la précède en rang.

 

 
Ensuite, il est possible de comparer cette valeur théorique avec la population observée. Cette comparaison aboutit à un calcul de pourcentage de déficit de la population observée par rapport à la population théorique.

Pour une ville de rang r, le déficit est ainsi calculé :

 
 

Étape 2 : Classement des déficits

Les agglomérations sont alors classées en fonction de leurs déficits, en ordre inverse (du plus grand au plus petit). Ces déficits indiquent des seuils de rupture possibles pour classer les agglomérations en 1, 2, 3… niveaux. Ainsi, l’adoption d’un seuil de 14 % de déficit permet de répartir les agglomérations en 5 classes (niveaux), tandis que l’adoption d’un seuil de 9 % aboutit à 6 classes.


Étape 2: Classement des déficits
Agglomération
Rang
Déficit (seuil)
Nb. ruptures
Nb. Niveaux
Gonaïves
2
327.5%
1
2
Port de Paix
4
22.0%
2
3
Cayes
8
17.6%
3
4
Trou du Nord
23
14.2%
4
5
Ouanaminthe
9
9.8%
5
6
Hinche
18
6.1%
6
7
Dondon
48
6.1%
7
8
Desdunes
21
5.3%
…
…


Étape 3 : Classement par niveau selon le seuil

Deux seuil ont été retenus pour analyser les agglomérations : 14 % et 9 %.
Le seuil de 14 % répartit les agglomérations en 5 classes comptant respectivement 1, 2, 4, 15 et 55 agglomérations.
Niveau
Nombre d’agglomérations
1
1
2
2
3
4
4
15
5
55
Total
77

Le seuil de 9 % répartit les agglomérations en 6 classes comptant respectivement 1, 2, 4, 1, 14 et 55 agglomérations.
Niveau
Nombre d’agglomérations
1
1
2
2
3
4
4
1
5
14
6
55
Total
77

Cette dernière répartition semble à première vue aberrante puisqu’une seule ville se situe au niveau 4. Cependant, il ne faut pas aller aux conclusions trop hâtivement. L’examen de la distribution des agglomérations donne un autre éclairage. En effet, c’est l’agglomération des Cayes qui se trouve seule au niveau 4.

Étape 3: Classement par niveau selon le seuil
Agglomération
Rang
Population
Déficit
Seuil 14% (5 niveaux)
Seuil 9% (6 niveaux)
Port-au-Prince
1
2 663 925
0,0%
1
1
Gonaïves
2
278 584
327,5%
2
2
Cap-Haïtien
3
269 036
-35,3%
2
2
Port de Paix
4
157 822
22,0%
3
3
Saint Marc
5
149 653
-18,6%
3
3
Petit-Goave
6
123 805
-2,2%
3
3
Léogane
7
122 650
-15,6%
3
3
Cayes
8
89 284
17,6%
4
4
Ouanaminthe
9
70 905
9,8%
4
5
Cabaret
10
59 956
4,6%
4
5

Il est légitime de se demander si cette position particulière des Cayes ne vient pas d’un biais conceptuel de l’IHSI qui confond agglomération urbaine et statut administratif. L’agglomération des Cayes s’étend en effet sur la commune de Torbeck, ce qui n’est pas considéré par l’IHSI.


 
Cette position des Cayes mérite donc d’être réexaminée à la lumière de nouvelles données.